Démocratie : Les maires défendent la proximité

Difficultés financières et baisse des dotations publiques, complexité administrative et inflation des normes, éloignement des centres de décision vers les intercommunalités et les métropoles

les maires de Vaucluse sont à l’image de ceux de France. Oscillant parfois entre résignation et incertitudes nos premiers magistrats restent pourtant solidement attachés à leur fonction, fondement central de la proximité démocratique, et élus préférés des français.

«Certains demandent moins d’Etat, moi j’en demande plus en terme de moyens notamment, mais assorti d’une véritable simplification administrative », a réclamé Jean-François Lovisolo, co-président avec Pierre Gonzalvez maire de l’Isle-sur-laSorgue, de l’AMV (Association des maires de Vaucluse) lors de l’assemblée générale de l’association qui vient de se tenir à Monteux. « C’est là, que l’administration déconcentrée doit faire preuve d’intelligence, poursuit celui qui est aussi maire de la Tour d’Aigues. Soit elle a avalé le règlement, et là rien ne se passe, soit on adapte et on fait des compromis pour rendre efficace l’action publique, pour éviter que l’on mette 15 ans à sortir un projet de déchetterie, ou 10 ans pour des logements sociaux, ou 20 ans pour que le maire de Monteux permette l’émergence de la zone de Beaulieu et de ses 300 emplois. Comment avec moins d’Etat, une petite commune peut-elle engager une modification de son PLU (Plan local d’urbanisme), une procédure d’enquête publique ? Nous sommes dépourvus en moyens humains et financiers, l’Etat doit donc nous accompagner plus fortement que les pôles urbains car une véritable politique d’aménagement du territoire c’est de compenser les déséquilibres. Il faut donner plus à ceux qui ont moins, mais cela fait 20 ans que l’on fait l’inverse. »

■ Le ‘blues’ des maires

Un désarroi des maires qu’illustre parfaitement la dernière enquête du Cevipof (Centre d’études de la vie politique française), du Centre de recherches politiques de Sciences Po, pour le compte de l’Association des maires de France (AMF). L’étude fait ainsi apparaître qu’aujourd’hui seulement 50% des maires souhaiteraient se représenter lors des prochaines élections municipales.

Un abandon de tout mandat électif pour près d’un élu sur deux alors qu’en 2014, 60% des maires sortants avaient été réélus. Cette baisse de 10 points traduit un malaise grandissant des 35 357 maires de France, dont plus de 1 000 d’entre eux ont déjà jeté l’éponge depuis leur élection il y a 4 ans. « Le mandat de maire est sans doute le plus difficile, confirme Maurice Chabert, président du Conseil départemental de Vaucluse. Peut-être le plus ingrat, également. Les exigences toujours plus grandes de nos concitoyens, la dictature de l’immédiateté, amplifiée par les réseaux sociaux, tout cela a conduit bien des maires à jeter l’éponge. Et je ne parle pas des démissions liées au non cumul des mandats. Non. Je parle de maires qui, à peine leur mandat débuté, ont baissé les bras ; non pas devant l’ampleur de la tâche, qu’ils envisageaient assez bien, mais devant les obstacles qui leur ont semblé, j’imagine, insurmontables. La baisse des dotations, qui frappe les collectivités depuis maintenant plusieurs années, la réforme de la taxe d’habitation qui, si elle est légitime du point de vue de nos concitoyens, n’en prive pas moins les communes d’une de leurs recettes les plus dynamiques. Ou encore le poids des règlementations, dont on nous annonce régulièrement qu’elles seront simplifiées. Voici quelques-unes des difficultés auxquelles les maires ont dû et doivent encore se confronter. »

■ Des agents d’ambiance

Un sentiment de lassitude des maires ayant principalement pour cause la volonté de préserver et de privilégier leur vie personnelle et familiale. Autre motif de désaffection de la fonction l’impossibilité de faire face à des administrés de plus en plus exigeants. Nos élus ne se perçoivent plus comme un lien de proximité démocratique mais comme un élément de relation entre ‘citoyen contribuable’ et maire ‘fournisseur
de services’. Un comportement des administrés qui débouchent sur des attentes de consommateurs avec une implication de moins en moins grande dans la vie de la commune. « Nous avons parfois le sentiment d’être de simple agent d’ambiance », regrette Claude Avril, maire de Châteauneuf-du-Pape. Même constat pour Pierre Gabert, maire de Pernes-les-Fontaines : « Nos communes rurales sont prises à la gorge et les pouvoirs des maires sont de plus en plus réduits face à des administrés de plus en plus exigeants. » Accès au haut débit internet, offre de transport, variétés des services (écoles, social, santé…), commerce de proximité… autant de ‘revendications’ exigées dans les zones périurbaines. « Nous y accueillons ceux qui sont chassés des villes par l’augmentation des prix du foncier et qui souhaitent bénéficier de mêmes services que dans l’urbain ce qui génère forcément des désillusions », constate le président de l’AMV. « La commune doit faire face à de plus en plus de contraintes avec les nouvelles lois ainsi qu’une baisse des dotations de l’Etat, ajoute le maire de Pernes-les-Fontaines qui a vu les aides de l’Etat diminuer de 13%. Ces nouvelles lois désorganisent complètement le territoire. Lors de notre dernier mandat nous avons réalisé près de 95% de notre programme. Pour cette nouvelle mandature, nous en sommes très loin. » A Vaison-la-Romaine, c’est le maire Jean-François Périlhou, qui a adressé un courrier à Bruno Lemaire, ministre de l’Économie et des finances, dans lequel il demande une révision du mode calcul de la DGF (Dotation globale de fonctionnement).

« Les coupes financières ne sauraient être comprises et acceptées qu’à condition d’être perçues comme juste », estime celui qui a vu ses dotations de l’Etat fondre de 63% depuis 5 ans.

 

■ Proximité du maire, éloignement du citoyen

« Tout concoure à l’éloignement du citoyen, regrette Christian Gros, maire de Monteux et secrétaire général de l’AMV, qui accueille pour la 3e année consécutive l’assemblée générale des maires de Vaucluse. Tout est compliqué en termes de procédures et de délais. Nous sommes sans cesse en train de faire le grand écart car il est de plus en plus difficile d’expliquer les lenteurs que l’on nous impose. » Pesanteur de l’Etat et éloignement
de la décision via les intercommunalités voici l’autre principal motif d’insatisfaction des maires. Un sentiment de dépossession encore plus vif dans les plus petites communes. « Comment développer des politiques publiques locales avec de moins en moins de moyens pour investir, un coût de fonctionnement qui augmente avec le GVT (Glissement, vieillesse, technicité), des dotations qui s’amenuisent », poursuit Jean-François Lovisolo. Conséquence : les élus dénoncent de n’avoir pas d’autres choix que d’augmenter la fiscalité, d’avoir recours à l’endettement pour ceux qui le peuvent ou de renoncer à leur action municipale en réduisant les services pour l’usager. « Avec l’incertitude liée à la suppression de la Taxe d’habitation, comment nous engager sur 3 ou 4 ans sans lisibilité financière, poursuit le président de l’AMV. On nous dit ‘faites des économies’, mais sur quoi ? Sur le personnel des écoles, sur les associations, sur la politique de la lecture publique, l’entretien de nos voiries et de nos espaces publics… Il y a toujours des territoires à deux ou trois vitesses, et c’est bien compréhensible, sauf que le fossé se creuse et l’usager des services publics qui est devenu un consommateur des services ne peut pas l’entendre. Le grand rêve de Gaston Defferre en incitant la décentralisation était de donner un élan à tous les territoires, on est train de les tuer. » Julien Aubert, député de la 5e circonscription de Vaucluse ne dit pas autre chose lorsqu’il évoque dans un plaidoyer pour la commune publiée tout récemment dans le Journal du dimanche l’érosion d’un tiers de la responsabilité budgétaire des municipalités suite à la suppression de la taxe d’habitation. A cela s’ajoute des « intercommunalités qui ont grandi et enflé démesurément, défiant par la taille les lois de la proximité, poursuit le parlementaire. Et après l’âge des intercommunalités est venu l’âge des métropoles ou plutôt des ‘monstropoles’, ces ensembles urbains déshumanisés, présentés comme les seuls capables de survivre dans le monde darwinien de la compétition économique moderne. Tant pis pour l’homme.
Désormais les maires, perdus dans ces nouveaux palais du peuple, deviennent les guichetiers d’une action universelle qui se passe ailleurs, pour le plus grand bénéfice de la technocratie locale. » Un désenchantement que les sénateurs de Vaucluse Alain Dufaut et Alain Milon ont pu toucher conjointement du doigt lorsqu’ils sont allés à la rencontre de plus d’une cinquantaine de maires du département en septembre dernier.

■ L’espoir est de mise cependant

« Si difficile et ingrat soit ce mandat de maire, c’est aussi celui qui nous apporte le plus de satisfactions, celui qui est aussi le plus essentiel pour nos concitoyens, explique en vieux sage Maurice Chabert. Et là, ce n’est pas le président du département de Vaucluse qui parle mais l’ancien maire de Gordes. En effet, le maire est considéré, à juste titre, comme la première incarnation de la République. Véritable porte d’entrée pour les habitants de nos territoires, la mairie répond aux besoins de la vie quotidienne en matière notamment de logement, d’emploi, d’école pour nos jeunes, ou encore de demandes d’hébergement en maison de retraite pour nos plus anciens. Elle accompagne ainsi les préoccupations de nos habitants au cours de leur existence qu’ils vivent en milieu urbain ou rural. Car le Vaucluse, il est bon de le rappeler, ce sont 127 communes rurales sur les 151 que compte le département. Ce qui fait de la ruralité un enjeu essentiel qui doit guider nos politiques publiques locales. » « Maire c’est devenu un vrai métier que l’on devrait pouvoir exercer avec des moyens, espère pour sa part Christian Gros également président de la Communauté de communes des Sorgues du Comtat. Il faut ré-enchanter la fonction de maire en nous faisons davantage confiance. » « Dans tous les cas, il faut bien comprendre qu’il peut y avoir de petites et de grandes communes mais qu’il n’y a pas de petits et de grands élus », rappelle Sonia Zidate, viceprésidente du Conseil régional de Provence-Alpes-Côte d’Azur venue assister à cette AG.

■ Appel au préfet

« Les services déconcentrés, les collectivités locales, nous jouons tous dans la même cour nous devons faire la meilleure équipe au service de l’intérêt général et de l’utilité publique. Nous sommes là pour créer, imaginer notre commune, notre intercommunalité, notre département de demain, souligne le président de l’AMV en s’adressant à Bertrand Gaume, nouveau préfet de Vaucluse. Vous, vous êtes là pour nous accompagner dans un cadre réglementaire et administratif dénué de tout bon sens tellement il est pléthorique, tellement il est écrit par des gens qui ne savent pas ce qu’est un territoire, ce qu’est la réalité de nos communes ou de nos intercommunalités. On pond un calque avec un logiciel parisien que l’on applique indifféremment sur tous les territoires. C’est le contraire d’une politique censée d’aménagement du territoire, mais l’administration de la ville de Monteux, de Cabrières d’Aigues ou de la Tour d’Aigues, ce n’est pas la même que celle de la ville de Paris. Monsieur le préfet, nous avons besoin de vous, aidez-nous dans cette magnifique mission au service de l’intérêt général. »
« Dans le Vaucluse, pas de gilets jaunes ou de bonnets rouges avec des élus découragés, mais des maires volontaires exerçant le plus beau mandat, celui qui permet de faire, et celui qui crée ce rapport direct avec son concitoyen, celui qui le croise au quotidien », continue Jean-François Lovisolo, qui a notamment participé au ‘grand appel’ à la relance de la décentralisation lors du dernier Congrès des Régions de France qui s’est tenu à Marseille il y a deux mois. Un vœu également partagé par Jean-Christophe Daudet, maire de Barbentane, qui a interpellé le président de la République dans les salons l’Elysée afin de réclamer un Grenelle des collectivités locales (voir encadré ‘La métropolisation s’invite à l’Elysée !’ page 13). Si le maire est l’élu qui est à portée ‘d’engueulade’, c’est aussi l’élu préféré de Français. Ce personnage central de la proximité constitue toutefois le plus petit maillon, mais aussi le plus exposé, d’une démocratie de plus en plus mise à mal par les intérêts communautaires, le foisonnement technocratique voire les lobbies financiers. « On veut faire croire qu’il est mieux de gérer de loin que de près, interpelle David Lisnard, maire de Cannes et porte-parole de l’Association des maires de France (AMF) venu à Monteux spécialement pour cette AG vauclusienne. Mais quand on enlève du pouvoir aux maires, on enlève du pouvoir au citoyen. La commune accompagne ses habitants de la naissance à la mort. La commune c’est la meilleure échelle de proximité ! » Laurent Garcia

 

 

 

 

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